Notre avenir face aux polluants éternels
Est-il possible de lutter contre ce qui est voué à ne pas disparaitre ?
Montage des différents objets où les polluants sont présents (photo du revêtement anti-gras par Polina Tankilevitch, photo du textile déperlant par Matt Hardy, photo du revêtement antiadhésif par Andrea Mosti, photo du mascara par kaboompics)
Saviez-vous que l'eau que vous buvez quotidiennement est sûrement contaminée par des polluants éternels, des particules microplastiques qui contaminent durablement l'organisme ? C’est ce qu’a révélé un rapport de l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, publié le 3 décembre dernier.
Des analyses effectuées sur des centaines de prélèvements d'eaux
brutes¹ et d'eaux
potables² réalisés sur tout le territoire français montrent que 20 des 35
polluants éternels testés ont été trouvés dans au moins un échantillon d'eau brute et 19 dans de l'eau distribuée. Bien que la plupart des concentrations ne dépassent pas
le seuil fixé par la directive européenne de 100 ng/L, 92 % des échantillons sont contaminés par l'acide trifluoroacétique (TFA). La question des polluants
éternels, bien qu'ils aient envahi notre quotidien depuis de nombreuses décennies, n'a été discutée publiquement que récemment. Ils représentent pourtant un problème
de santé publique majeur et chacun mérite d'être informé sur le sujet. Mais alors d’où viennent ces molécules, pourquoi sont-elles si dangereuses pour notre santé et
quelles solutions pouvons-nous mettre en place pour nous protéger ?
Commençons par définir ce que sont les polluants éternels, également connus sous le nom de PFAS, ce qui signifie composés perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés. Ce sont
des molécules qui ont la particularité de comporter des liaisons carbone-fluor qui se caractérisent par leur grande stabilité et leur forte résistance. C’est la
caractéristique la plus importante concernant les PFAS : ils ne se dégradent ni après utilisation, ni s’ils sont rejetés dans l’environnement. Il faut des
décennies, voire des siècles, pour qu’ils disparaissent ! C'est pour cela qu'ils sont qualifiés d'éternels, ils ne se dégradent que peu voire pas du tout à échelle
humaine. Ils possèdent de nombreuses propriétés : antiadhésives, imperméabilisantes, résistantes aux fortes chaleurs… Laissez-moi vous lister quelques objets que nous
utilisons tous chaque jour qui sont contaminés par les PFAS : les emballages de pizza ou de hamburger (revêtement anti-gras), les ustensiles de cuisine avec un
revêtement en téflon comme les poêles (revêtement antiadhésif), les textiles déperlants et imperméables, certains produits cosmétiques comme les poudres de maquillage ou le
mascara et également des produits d’hygiène comme le fil dentaire… Je suis persuadée que vous ne vous attendiez pas à ce que les polluants éternels occupent une place si importante
dans votre quotidien. Naturellement, vous vous demandez peut-être comment ces molécules ont pu devenir omniprésentes dans notre quotidien. Tout a commencé dans les années 1950, lorsque
leurs nombreuses propriétés ont été découvertes pour servir à des applications pour nos produits et matériels du quotidien. Leur utilisation ne pouvait paraître que prometteuse alors
ils ont été employés à tout va. Malheureusement, leurs effets néfastes étaient encore méconnus. Peu à peu, les polluants éternels ont été utilisés dans de nombreux secteurs, jusqu’à
devenir omniprésents.
L’utilisation massive de ces molécules n’a pas été sans conséquences. Comme expliqué précédemment, les PFAS ne se dégradent pas. Ainsi, lorsqu’ils se répandent dans l’environnement,
ils contaminent l’eau et les sols de façon durable et finissent par atteindre la chaîne alimentaire, donc les organismes vivants, y compris le corps humain. La contamination de notre
organisme présente de nombreux dangers : les PFAS sont des perturbateurs endocriniens, c'est-à-dire qu’ils modifient le fonctionnement des hormones, et il est également possible
qu’ils diminuent la réponse immunitaire suite à la vaccination et cela plus particulièrement chez les enfants. Ils peuvent provoquer des problèmes hépatiques et rénaux, et peuvent avoir
des effets négatifs sur le développement du fœtus pendant une grossesse. Ils augmentent le risque d’avoir un cancer notamment des testicules, du rein, du sein et de la thyroïde (bien
que les preuves définitives soient encore à l’étude pour certains composés). Comme vous pouvez le constater, les risques sont nombreux, et il est primordial pour notre santé d’être
exposés le moins possible aux polluants éternels. Cependant, si la prise de conscience du grand public concernant le risque que posent les PFAS pour la santé humaine n'est que très récente,
les industriels, eux, le savent depuis les années 70 et se sont bien gardés de le révéler afin de ne pas nuire à leurs ventes. Des entreprises comme Dupont ou 3M ont fait analyser dans le
plus grand secret la composition de leurs produits par des laboratoires qui ont affirmé que ces substances chimiques représentaient un risque pour la santé humaine. C'est Robert Bilott,
célèbre avocat américain, qui avec l'appui d'une équipe de scientifiques de l'Université de Californie à San Francisco a révélé ces informations. Sa lutte acharnée contre les PFAS a
d'ailleurs inspiré le film Dark Waters de Todd Haynes.
Pour répondre à toutes les problématiques citées précédemment, plusieurs réglementations ont été mises en place. Au niveau international, la Convention de Stockholm (2001) vise à interdire
certains PFAS en inscrivant ces derniers sur une liste noire qui est amenée à évoluer avec le temps. La convention compte 186 membres dans le monde. En Europe, la stratégie de l’Union
européenne pour la durabilité dans le domaine des produits chimiques mentionne spécifiquement les PFAS comme étant d’intérêt prioritaire. Dans ce contexte, une restriction globale des
PFAS a été soumise en janvier 2023 par cinq États membres qui sont la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et l’Allemagne et est en cours d’examen par l’Agence européenne des produits
chimiques (ECHA). Il existe également des réglementations européennes concernant les eaux de consommation et certaines denrées alimentaires, notamment d’origine animale, mais elles ne sont pas
assez exigeantes et pourraient être consolidées. Au niveau national, la loi n° 2025-188 du 27 février 2025 va interdire l’usage des PFAS dans les cosmétiques, les farts et les
textiles (à quelques exceptions près) dès le 1er janvier 2026. Il existe des gestes que vous pouvez appliquer pour réduire votre exposition aux polluants éternels : filtrer votre eau
en utilisant un morceau de charbon actif par exemple (vous pouvez vous renseigner sur cette méthode sur Internet). Cette technique permettrait d'éliminer entre 70 et 80 % des PFAS de l’eau
traitée. Équilibrer votre alimentation est également une solution car comme nous l’avons expliqué, la chaîne alimentaire et notamment les produits d’origine animale sont contaminés. Les poissons
et les fruits de mer étant les aliments contenant le plus de microplastiques, limiter votre consommation de ces produits permet de réduire votre exposition. Vous pouvez également utiliser
directement une assiette plutôt qu'un contenant en plastique lorsque vous réchauffez des aliments au micro-ondes pour éviter que des particules de plastique ne se déversent dans votre nourriture,
ou encore délaisser vos ustensiles de cuisine en téflon qui à chaque micro-rayure, libèrent des polluants éternels et contaminent les aliments.
En somme, le fait que les polluants éternels soient largement intégrés dans notre vie quotidienne et ce depuis de nombreuses années ne signifie pas pour autant que nous devrions fermer les yeux sur
leur impact sur l'environnement et surtout notre santé. Des mesures ont été mises en place aux échelles nationale, européenne et internationale, cependant la nocivité des PFAS a été dissimulée trop
longtemps, et ces initiatives semblent tardives. Vous savez dorénavant de quoi il est question et chacun a la possibilité d'agir en adoptant des gestes simples pour minimiser son exposition aux PFAS.
SOURCES :
•PFAS : les résultats de la campagne nationale de mesure dans l'eau destinée à la consommation - Anses
•Polluants éternels – C’est quoi les PFAS ? - Inserm, La science pour la santé
•Perfluorés et polyfluoroalkylés (ou PFAS) - Cancer Environnement
•PFAS : les réponses à vos questions - FAQ - BRGM
•PFAS : des substances chimiques très persistantes - Anses
•Substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) - EFSA